OVNI et inconscient collectif, Jung à l’épreuve des archives déclassifiées : La bombe atomique et les OVNI, le ciel au-dessus du nucléaire (2/7)
Dans le premier article de cette série, nous avons vu que 1947 constitue une extraordinaire année de « constellation » historique : naissance de la guerre froide, doctrine Truman, création de la CIA et d’une US Air Force indépendante, apparition des « soucoupes volantes » avec Kenneth Arnold et affaire de Roswell.
Mais un autre fil traverse cette histoire depuis ses origines : le nucléaire. Le rapprochement entre OVNI et installations nucléaires est depuis longtemps l’un des thèmes classiques de l’ufologie. Il a produit quantité de récits, parfois invérifiables, et il serait tentant de le ranger parmi les constructions mythologiques apparues après Roswell. Or les archives aujourd’hui déclassifiées montrent que le problème est beaucoup plus ancien.
Dès 1948 et 1949, des organismes militaires et scientifiques américains s’inquiètent officiellement de phénomènes aériens inexpliqués observés à proximité d’installations parmi les plus sensibles des États-Unis. Los Alamos, Sandia, White Sands et d’autres sites du Nouveau-Mexique apparaissent dans les dossiers. Des scientifiques de premier plan se réunissent pour en discuter. L’Atomic Energy Commission, l’Air Force, le FBI et même l’Armed Forces Special Weapons Project, héritier militaire du projet Manhattan, sont impliqués dans les échanges.
Les documents ne disent pas que des extraterrestres surveillent les bombes atomiques. Ils disent quelque chose de beaucoup plus intéressant pour notre enquête : des phénomènes aériens réellement observés et non immédiatement expliqués se produisent autour d’installations nucléaires sensibles, et l’État américain prend suffisamment le problème au sérieux pour mobiliser scientifiques, militaires et services de renseignement.
C’est ce que nous allons examiner.
I. Du projet Manhattan à l’AFSWP
Le 16 juillet 1945, l’explosion Trinity ouvre l’âge atomique. Quelques semaines plus tard, Hiroshima et Nagasaki démontrent que l’arme n’est plus une expérience de laboratoire mais une réalité militaire. Après la guerre, le gigantesque appareil constitué autour du Manhattan Engineer District est progressivement réorganisé. La plupart de ses activités civiles et scientifiques passent à l’Atomic Energy Commission, créée par l’Atomic Energy Act de 1946.

Mais l’armée doit conserver ses propres compétences dans le domaine nucléaire.
En janvier 1947 est donc créé l’Armed Forces Special Weapons Project — AFSWP. Le Department of Energy rappelle explicitement que cet organisme hérite de certaines fonctions du Manhattan Engineer District concernant le développement, les essais, le stockage des armes nucléaires et l’entraînement du personnel militaire.
La chronologie mérite une nouvelle fois d’être remarquée :
- 1945 : bombe atomique.
- 1947 : AFSWP.
- 1947 : soucoupes volantes.
Deux histoires que l’on pourrait croire totalement indépendantes commencent pratiquement au même moment. Or elles vont bientôt se croiser.
A. Les premières boules de feu vert
À partir de la fin de 1948, d’étranges phénomènes lumineux commencent à être signalés dans le ciel du Nouveau-Mexique. Ils sont bientôt désignés sous le nom de « green fireballs », les « boules de feu vertes ».


Le sujet n’est pas seulement connu par les récits ultérieurs des ufologues. Un important dossier du FBI, aujourd’hui intégré aux archives PURSUE, conserve les rapports administratifs de l’époque. Les documents mentionnent explicitement des « green fireballs, discs and meteors » observés à proximité d’installations sensibles du Nouveau-Mexique.
Le phénomène est d’autant plus préoccupant que le Nouveau-Mexique constitue alors l’un des centres nerveux de l’Amérique atomique.

On y trouve Los Alamos, où la première bombe a été conçue, Sandia, impliquée dans les armes nucléaires, ainsi que White Sands et plusieurs installations militaires essentielles à la mise au point des missiles et des nouveaux armements.
Le Laboratoire national de Los Alamos reconnaît lui-même aujourd’hui dans son histoire institutionnelle que des boules de feu vertes furent signalées dans le ciel de Los Alamos à cette époque et que ces observations donnèrent lieu à des enquêtes et à des demandes d’archives qui subsistent encore aujourd’hui.


Le rapport “Summary of Observations of Aerial Phenomena in the New Mexico Area, December 1948 – May 1950”, daté du 25 mai 1950 explique d’abord que la fréquence des phénomènes aériens inexpliqués au Nouveau-Mexique est devenue telle qu’un système organisé de collecte a été mis en place dès décembre 1948. Les témoins comprennent notamment des scientifiques, agents de l’OSI, pilotes civils et militaires et inspecteurs de sécurité de Los Alamos.
Les observations sont classées en trois catégories :
- green fireballs,
- disc or variation,
- phénomènes probablement météoriques.
Une question se pose immédiatement aux militaires : s’agit-il de phénomènes naturels, de technologies américaines secrètes ou de dispositifs appartenant à une puissance étrangère ? Dans le contexte de 1948-1949, cette dernière possibilité signifie évidemment : l’Union soviétique.
C. Lincoln LaPaz : un spécialiste des météores face à un phénomène étrange
L’un des scientifiques appelés à examiner ces observations est Lincoln LaPaz, directeur de l’Institute of Meteoritics de l’Université du Nouveau-Mexique.
Ce choix est logique. Si ces objets lumineux sont simplement des météores particulièrement spectaculaires, LaPaz est précisément l’un des hommes capables de le déterminer. Mais plusieurs observations le rendent prudent.
Les rapports conservés évoquent des trajectoires jugées inhabituelles, des couleurs très intenses et, dans certains cas, l’absence de fragments retrouvés au sol. LaPaz considère qu’une partie des phénomènes ne correspond pas facilement aux météores ordinaires. Les documents montrent que la question demeure suffisamment incertaine pour justifier la poursuite d’une étude instrumentale.

La page 63 énumère les premières différences entre les green fireballs et les météores ordinaires : trajectoire horizontale inhabituelle, altitude trop basse, vitesse différente, absence de bruit et apparition presque immédiate à pleine luminosité.

La page 64 poursuit avec les autres différences : direction privilégiée, association avec certaines périodes de pluies de météores, couleur verte très vive rarement observée chez les météores ordinaires, durée atypique et absence de traînée d’étincelles ou de nuage de poussière.

Encore plus intéressant : la page 66 contient un passage où LaPaz expose finalement son hypothèse. Il écrit qu’après réexamen des données, il pense que la majorité des cas sont probablement des chutes météoritiques inhabituelles, mais qu’une minorité pourrait correspondre à des missiles guidés américains testés près des installations sensibles. Il ajoute surtout que, s’il se trompe sur leur origine américaine, alors ces objets doivent faire l’objet d’une investigation intensive immédiate.
Cette analyse est méthodologiquement importante. Les militaires ne partent pas de l’hypothèse extraterrestre. Ils commencent par chercher des explications connues :
- météores ;
- phénomènes atmosphériques ;
- missiles ;
- technologie américaine expérimentale ;
- système soviétique de reconnaissance ou d’armement.
C’est précisément parce qu’aucune explication ne s’impose immédiatement que le dossier monte progressivement vers les niveaux les plus sensibles de l’appareil scientifique et militaire.
D. Les conférences secrètes de Los Alamos
Les archives révèlent alors un épisode remarquable. Le 17 février 1949, puis de nouveau le 14 octobre 1949, des conférences sont organisées à Los Alamos pour examiner le phénomène des boules de feu vertes.
La liste des organismes représentés est impressionnante : Fourth Army, Armed Forces Special Weapons Project, Université du Nouveau-Mexique, FBI, Atomic Energy Commission, Université de Californie, Scientific Advisory Board de l’US Air Force, Geophysical Research Division de l’Air Materiel Command et Office of Special Investigations de l’Air Force.

L’AFSWP n’est pas un groupe d’ufologues. C’est l’organisme militaire chargé de certaines des responsabilités les plus sensibles concernant les armes atomiques américaines. Sa présence à une réunion sur les « green fireballs » montre au minimum que le problème est traité comme une question possible de sécurité nationale.
Et la conclusion conservée dans les archives est particulièrement intéressante.

LaPaz explique pourquoi certains green fireballs ne correspondent pas à des météores ordinaires : trajectoire horizontale, couleur jaune-verte, vitesse constante, absence de bruit, etc.

Une intervention d’Edward Teller soulève alors un problème physique particulièrement important. À partir de la vitesse estimée du phénomène, Teller remarque qu’un objet matériel traversant l’atmosphère à une telle vitesse devrait produire une onde de choc suffisamment importante pour être audible. Or aucun bruit n’a été signalé par les témoins. Il met donc provisoirement en doute l’hypothèse d’un projectile ou d’un véhicule matériel se déplaçant de cette manière dans l’atmosphère. C’est un point capital : dès 1949, les enquêteurs se trouvent confrontés à une apparente contradiction entre les performances observées et les effets physiques qu’un objet conventionnel devrait normalement produire.

Probablement le point le plus fort intervient lorsque Mandelkorn conclut que, même si l’hypothèse de missiles guidés ou de véhicules de reconnaissance paraît affaiblie par l’analyse d’Edward Teller, la répétition de phénomènes inexpliqués à proximité d’installations sensibles constitue une cause de préoccupation.
Le compte rendu, rédigé le 18 février 1949, ajoute alors une note particulièrement étonnante : le lendemain même de la conférence de Los Alamos, le 17 février, une boule de feu bleue est observée depuis Sandia à 5 h 30. Le même jour, à 17 h 59, apparaît une lumière jaune-orange en forme de cigare, qui demeure visible jusqu’à 18 h 06, soit environ sept minutes.
Ce détail est d’autant plus intéressant que la forme du cigare deviendra ensuite l’une des morphologies classiques de l’ufologie moderne. Nous retrouverons dans un prochain article cette question essentielle : dans quelle mesure les formes décrites (boule, disque, cigare, triangle ou orbe) appartiennent-elles au phénomène lui-même, et dans quelle mesure résultent-elles de la perception et de l’imaginaire propres à chaque époque ?
Il faut mesurer la portée exacte de cette phrase. Elle ne signifie pas : « les extraterrestres existent ». Elle signifie : « quelque chose est observé ; nous ne savons pas encore exactement quoi ; et le lieu où cela se produit rend cette ignorance préoccupante ». C’est beaucoup plus intéressant.
E. Quand les pères de la bombe regardent le ciel
Parmi les scientifiques associés à ces discussions se trouvent des hommes appartenant directement au monde qui vient de produire l’arme atomique.
Les documents et les récits contemporains mentionnent notamment Edward Teller, futur « père » de la bombe H, ainsi que Joseph Kaplan et Lincoln LaPaz dans les débats consacrés aux phénomènes du Nouveau-Mexique. Les avis divergent : certains privilégient une origine météoritique ; LaPaz demeure beaucoup plus réservé devant certains cas.
L’image est historiquement saisissante. Quelques années seulement après Trinity, les hommes qui viennent d’ouvrir l’âge nucléaire doivent examiner des lumières inconnues apparaissant dans le ciel au-dessus ou à proximité des installations qui abritent les secrets les plus importants du nouvel ordre militaire.
Il n’est pas nécessaire d’ajouter quoi que ce soit à la scène. Le contexte suffit à expliquer pourquoi les autorités s’en préoccupent. Une puissance étrangère qui parviendrait à observer impunément Los Alamos ou Sandia représenterait un danger considérable. Un nouveau type de missile soviétique serait encore plus grave.
Et si le phénomène est naturel, il faut encore le démontrer afin d’éliminer ces hypothèses.
II. Project Twinkle : photographier l’inconnu
L’armée décide donc de passer du témoignage humain à l’instrumentation.
Face à l’impossibilité de résoudre le problème par les seuls témoignages, l’US Air Force met en place le Project Twinkle, destiné à recueillir des données instrumentales sur les phénomènes. Un mémorandum du FBI du 9 octobre 1950 précise que le programme, conduit avec la société Land-Air Inc. au Nouveau-Mexique, cherche à documenter ces phénomènes aériens inhabituels observés « in the vicinity of sensitive installations in New Mexico ».

Le nom même du programme mérite une parenthèse. Twinkle signifie en anglais « scintiller », « luire par intermittence » ou encore « petite lueur scintillante ». Pour un projet chargé d’observer des phénomènes lumineux dans le ciel, le choix est donc assez transparent : il renvoie directement à l’apparence de ces mystérieuses boules de feu.
L’idée est simple : les témoignages peuvent tromper. Il faut donc photographier et mesurer le phénomène. C’est exactement le problème que nous retrouverons soixante-dix ans plus tard avec les UAP modernes : passer de l’impression visuelle à la mesure instrumentale. Mais Twinkle souffrira de moyens limités et de difficultés pratiques. Le phénomène, par définition intermittent, ne se produit pas nécessairement au moment où les instruments sont braqués au bon endroit. L’enquête ne permettra pas de résoudre définitivement l’ensemble des observations.
Ainsi, dès les toutes premières années de l’ufologie moderne, nous retrouvons déjà la situation qui caractérise encore beaucoup de dossiers UAP aujourd’hui :
- un phénomène est observé ;
- les témoins le jugent inhabituel ;
- les autorités cherchent à l’enregistrer ;
- les données demeurent insuffisantes ;
- plusieurs explications restent possibles.
A. Une hypothèse beaucoup moins mystérieuse : les programmes militaires secrets
L’hypothèse des programmes militaires secrets n’est pas une simple spéculation moderne. Plusieurs documents aujourd’hui publiés dans PURSUE montrent que les services américains eux-mêmes envisagèrent régulièrement cette possibilité.
Nous avons déjà rencontré ce problème dans le premier article avec la possibilité, évoquée dans le mémo Twining de septembre 1947, d’appareils américains extrêmement secrets inconnus de certains services eux-mêmes.
Le cas le mieux établi concerne les programmes américains de reconnaissance U-2 et OXCART/A-12. Ces appareils, développés dans le plus grand secret, volaient à des altitudes et présentaient des silhouettes inconnues du public.




Cette hypothèse n’est pas seulement théorique. Une histoire officielle de la CIA consacrée aux programmes secrets U-2 et OXCART affirme que leurs vols furent responsables de plus de la moitié de tous les signalements d’OVNI à la fin des années 1950 et pendant l’essentiel des années 1960. Les appareils évoluaient à des altitudes alors extraordinaires et restaient parfois éclairés par le Soleil alors que l’observateur au sol se trouvait déjà dans l’obscurité. À cela s’ajoutaient des silhouettes et des performances totalement inconnues du public. Le témoin voyait donc réellement quelque chose ; son erreur ne portait pas nécessairement sur l’observation, mais sur l’identification de ce qu’il observait.
le rapport explique aussi que les enquêteurs de Project Blue Book contactaient régulièrement la CIA afin de comparer les signalements d’OVNI avec les journaux de vol du U-2. Cette comparaison permettait d’éliminer la majorité de certains signalements, mais les enquêteurs ne pouvaient évidemment pas révéler aux témoins la véritable origine de l’objet puisque le programme était secret.
Le cas de la Zone 51 montre de manière presque expérimentale comment le secret militaire peut engendrer une mythologie ufologique. En 1955, la CIA choisit Groom Lake, dans le désert du Nevada, pour tester dans le plus grand secret le nouvel avion de reconnaissance U-2. La base reçoit plusieurs noms, dont Area 51 et le surnom volontairement idyllique de Paradise Ranch, inventé par Kelly Johnson pour rendre ce lieu isolé plus attirant pour les ingénieurs et pilotes qui devaient y travailler. Le site accueillera ensuite les essais du programme OXCART et de l’A-12.


L’ironie historique est remarquable. La Zone 51 deviendra précisément l’un des principaux lieux mythologiques de l’ufologie américaine, supposé abriter soucoupes récupérées, technologies extraterrestres et corps d’aliens. Pourtant, une partie de cette réputation semble avoir été nourrie par un phénomène beaucoup plus terrestre : des appareils réels, extraordinaires pour leur époque, observés autour d’une base dont l’existence et les activités étaient secrètes. Le secret militaire avait engendré les conditions idéales de production du mythe. Lorsque l’État dit “nous ne pouvons pas vous dire ce que vous avez vu”, l’imaginaire collectif répond à sa place.
Un document soviétique recueilli par la CIA offre un parallèle remarquable.


En 1973, un ancien citoyen soviétique décrit le polygone d’essais de Sary Shagan, où sont expérimentés missiles et systèmes antimissiles et où circulent également des rumeurs concernant des recherches sur des armes laser. Le même témoin rapporte avoir observé depuis le site une masse circulaire vert vif qui s’élargit puis produit plusieurs cercles concentriques avant de disparaître, sans bruit. Le document n’identifie pas le phénomène. Mais sa localisation rappelle une évidence méthodologique : lorsqu’une observation se produit au-dessus d’un centre consacré à des technologies militaires expérimentales, l’hypothèse d’un programme secret doit être examinée avant toute interprétation plus extraordinaire.
Aujourd’hui, le gigantesque polygone de Sary-Shagan, au Kazakhstan, reste partiellement utilisé pour des essais militaires, mais une grande partie de ses installations soviétiques a été abandonnée après la disparition de l’URSS. Certains secteurs désaffectés ont longtemps été pratiquement ouverts, sans véritable clôture ni contrôle systématique, au point que des habitants venaient y récupérer de la ferraille et des matériaux. Cette situation rappelle celle d’autres anciens complexes soviétiques du Kazakhstan : des installations autrefois parmi les plus secrètes du monde se sont retrouvées, après 1991, à l’état de ruines accessibles au milieu de la steppe.

Le rapport se termine de manière assez singulière. Après avoir décrit l’apparition d’une masse circulaire vert vif, la formation de plusieurs cercles concentriques et l’absence totale de bruit, la source indique ne pouvoir fournir aucun détail supplémentaire. Une grande partie du bas de la dernière page demeure masquée par un grand bloc blanc dans la version déclassifiée. Il serait toutefois abusif d’affirmer que cette partie contenait nécessairement des informations supplémentaires sur le phénomène : le document ne permet pas de savoir ce qui a été retiré ou omis.
Le rapprochement avec Los Alamos est difficile à ignorer. Vingt-cinq ans après les mystérieuses green fireballs du Nouveau-Mexique, un phénomène également circulaire, lumineux et vert est observé au-dessus de Sary-Shagan, l’un des principaux centres soviétiques d’essais de missiles et de défense antimissile. Là encore, aucun bruit ni aucune explosion ne sont signalés. Le rapport ne propose aucune identification.
Il serait excessif d’affirmer qu’il s’agit du même phénomène, mais la similitude mérite d’être soulignée : dans les deux camps de la guerre froide, des phénomènes lumineux verts et silencieux sont observés à proximité d’installations consacrées aux technologies militaires les plus sensibles. Ce parallélisme renforce autant l’hypothèse de phénomènes liés à des programmes expérimentaux que la nécessité de conserver une catégorie véritablement inexpliquée.
Une troisième archive, datée du 31 juillet 1950, est encore plus étonnante.

La CIA transmet la traduction d’un article du scientifique allemand Eduard Ludwig, ancien collaborateur de l’environnement de recherche aéronautique de Junkers à Dessau, consacré au « mystère des soucoupes volantes ». Le document est officiellement présenté comme une « information non évaluée » : sa présence dans les archives de la CIA ne signifie donc pas que l’agence en valide toutes les affirmations.

Pourtant, le document n’a manifestement pas été considéré comme une simple fantaisie. Un lecteur du renseignement américain inscrit à la main sur la première page : « Good report but long translation », avant de souligner ce qu’il considère comme la conclusion technique essentielle du texte : l’exploitation de la couche limite (boundary layer) autour d’un objet en mouvement afin de produire une réaction aérodynamique favorable, mécanisme qui pourrait constituer selon lui un facteur déterminant du fonctionnement d’un profil de type « flying saucer ».
Ludwig rattache cette hypothèse à une véritable généalogie de recherches aérodynamiques allemandes : Kutta, Prandtl, Betz, Flettner et Junkers. Il raconte notamment les expériences menées sur des cylindres tournant à grande vitesse, destinés à accroître fortement la portance, et envisage finalement l’utilisation d’une turbine à gaz pour résoudre le problème de la force initiale nécessaire au décollage. Il ne décrit donc pas une mystérieuse « antigravité », mais cherche à expliquer la soucoupe volante à partir d’une évolution radicale de l’aérodynamique connue.
Le passage le plus intéressant concerne cependant le devenir de ces recherches après 1945. Ludwig explique que le professeur Bock, qui avait dirigé le groupe de recherche de Junkers auquel il avait appartenu, avait été déporté en Union soviétique. Il termine son article en posant explicitement l’hypothèse que les « Flying Discs » pourraient être le résultat d’une science aéronautique allemande très avancée tombée entre les mains des Russes.
Cette dernière affirmation reste une hypothèse de Ludwig, et non une conclusion démontrée de la CIA. Mais son contexte historique est remarquable : à la fin de la guerre, les États-Unis comme l’Union soviétique récupérèrent effectivement scientifiques, ingénieurs, machines et travaux allemands. Ainsi, dès 1950, soit cinq ans seulement après la capitulation du Reich, l’une des explications envisagées pour les nouvelles « soucoupes volantes » consistait déjà à rechercher leur origine non dans l’espace, mais dans les laboratoires secrets de l’Allemagne vaincue et le transfert de leurs connaissances vers les deux superpuissances.

Ludwig rappelle toute une tradition de recherches aérodynamiques allemandes remontant à la Première Guerre mondiale : travaux de Kutta et Prandtl, rotors de Flettner, expériences de Junkers, manipulation de la couche limite et utilisation envisagée de turbines à gaz pour produire une poussée verticale.
Il faut ici introduire une première explication qui ne doit jamais être écartée. Les régions militaires et nucléaires sensibles sont précisément les endroits où l’État développe les technologies qu’il souhaite cacher au reste du monde. Une observation d’objet inhabituel près d’une base secrète peut donc être la conséquence directe de l’activité de cette base.
Avions expérimentaux, missiles, ballons, systèmes de détection, drones avant que le mot ne devienne courant, expériences atmosphériques : l’histoire militaire du XXe siècle est remplie de technologies qui auraient paru extraordinaires à quelqu’un ignorant leur existence.
Le secret militaire peut donc produire lui-même de l’OVNI. Un appareil existe réellement. Il est aperçu par quelqu’un qui n’est pas autorisé à connaître le programme. Pour lui, il devient littéralement un objet volant non identifié.
B. Deuxième biais : là où l’on surveille davantage, on voit davantage
Il existe une autre explication beaucoup plus simple. Los Alamos, Sandia ou White Sands ne sont pas des campagnes ordinaires. Ces sites disposent de gardes, de militaires, d’observateurs, de radars et de systèmes de surveillance. Le ciel y est regardé avec beaucoup plus d’attention qu’au-dessus d’un territoire dépourvu d’intérêt stratégique.
Il est donc statistiquement logique qu’on y détecte davantage d’anomalies.
Cette remarque est fondamentale si l’on veut étudier sérieusement le lien entre nucléaire et OVNI. Constater de nombreux signalements autour d’installations atomiques ne suffit pas à démontrer que les OVNI sont attirés par le nucléaire. Il faudrait comparer ces sites avec d’autres installations militaires tout aussi surveillées et avec des zones témoins.
Autrement, nous risquons de confondre : fréquence réelle du phénomène et fréquence de sa détection.
C. Troisième possibilité : l’espionnage
Dans le contexte de la guerre froide, une autre hypothèse est immédiatement évidente : l’adversaire cherche à surveiller les installations nucléaires américaines. Ballons, avions de reconnaissance, dispositifs expérimentaux ou autres systèmes de renseignement peuvent produire des phénomènes momentanément non identifiés.
Nous savons rétrospectivement à quel point les États-Unis et l’Union soviétique ont développé pendant la guerre froide des technologies clandestines destinées à observer l’adversaire.
Une partie de l’histoire des OVNI pourrait donc appartenir tout simplement à l’histoire du renseignement.
Cela expliquerait également pourquoi les archives concernant les phénomènes aériens sont si souvent mêlées aux archives militaires, atomiques et de sécurité nationale.
D. Mais il reste une quatrième catégorie : ce qui demeure inexpliqué
Ces explications rationnelles ne doivent cependant pas devenir un nouveau dogme. Dire qu’un phénomène peut correspondre à un programme secret, à un météore, à un ballon ou à un dispositif de renseignement ne signifie pas que chaque cas soit effectivement expliqué ainsi.
C’est précisément ce que montrent les archives.
Dans le dossier consacré aux green fireballs, les différentes administrations ne nient pas les phénomènes. Elles constatent au contraire leur existence et organisent des études parce que leur nature demeure incertaine. La démarche correcte consiste donc à conserver simultanément plusieurs hypothèses jusqu’à ce que les données permettent de les départager.
Cette position est particulièrement importante pour la lecture jungienne que nous développons ici. Nous n’avons pas besoin de nier la matérialité du phénomène pour étudier sa dimension psychologique.
III. Pantex, 2015 : soixante-six ans plus tard
L’un des documents les plus étonnants publiés récemment dans PURSUE permet de mesurer la permanence de cette question. Le dossier DOE-UAP-D005, rendu public dans la quatrième tranche du programme en juillet 2026, concerne un incident survenu en 2015 à Pantex, au Texas. PURSUE le classe sous le titre Pantex Unidentified Object Incident Report, 2015.

Pantex n’est pas une installation quelconque. Le Department of Energy rappelle que le site est depuis 1975 le principal centre américain d’assemblage, de désassemblage, de modification et de prolongation de vie des armes nucléaires.
Selon le rapport de 2015 aujourd’hui publié, un objet non identifié est détecté par le système de surveillance au voisinage de l’installation. Les forces de sécurité réagissent, suivent l’objet et recueillent des images ; celles-ci sont ensuite transmises à Sandia National Laboratories pour analyse. Le dossier PURSUE demeure classé parmi les cas non résolus mis à disposition du public.


Les seules images rendues publiques sont très peu détaillées. Le rapport mentionne cependant plusieurs moyens de détection et de suivi, notamment radar et optronique. Or AARO rappelle que les images provenant de systèmes militaires peuvent être publiées sous une forme limitée afin de ne pas révéler la résolution, les métadonnées ou les performances de capteurs sensibles. Il est donc impossible, à partir des seules images déclassifiées, de déterminer la qualité exacte des données originales recueillies en 2015. Lorsqu’un document est déclassifié, seules les informations jugées sans danger pour la sécurité nationale peuvent être rendues publiques. Une image UAP diffusée au public peut donc être beaucoup moins informative que la donnée originale sur laquelle les analystes ont travaillé.
Il faut cependant distinguer l’ambiguïté de l’observation de l’ambiguïté de sa publication. Chez Jung, l’image floue ou fugitive favorise la projection parce que le témoin lui-même dispose de peu d’informations. Dans les dossiers militaires contemporains, une image publique médiocre peut au contraire résulter du processus de déclassification : résolution, métadonnées ou performances du capteur sont volontairement supprimées afin de ne pas renseigner un adversaire. Le public peut donc se retrouver devant une tache indéterminée alors que les analystes militaires ont travaillé sur des données beaucoup plus riches. Dans ce cas, le “Rorschach” ne se situe plus nécessairement au moment de l’observation : il peut être créé secondairement par la version publique du document.
Il faut à nouveau être extrêmement prudent. Cet événement ne prouve pas que Pantex a été « visité par des extraterrestres ». Il montre seulement que soixante-six ans après les conférences de Los Alamos, une installation centrale du dispositif nucléaire américain peut encore enregistrer un objet aérien suffisamment indéterminé pour déclencher une procédure de sécurité et demeurer ensuite dans les archives UAP.
La continuité documentaire est remarquable :
- 1949 : Los Alamos.
- 2015 : Pantex.
Entre les deux, les technologies ont radicalement changé. Mais les archives établissent une chose : des phénomènes aériens non immédiatement identifiés ont effectivement été signalés et étudiés à proximité d’installations nucléaires sensibles.
V. Mais pourquoi le nucléaire est-il si important pour Jung ?
Jusqu’ici, nous sommes restés sur le terrain de l’histoire militaire. Revenons maintenant à la psychologie.
Pour Jung, l’apparition du phénomène des soucoupes volantes ne peut être séparée de l’angoisse collective de son époque. Or aucune image ne condense mieux cette angoisse que la bombe atomique. La bombe réalise matériellement quelque chose qui appartenait jusque-là principalement aux mythes religieux : la possibilité de l’anéantissement du monde par le feu.
L’Apocalypse devient une technologie. L’être humain n’attend plus nécessairement la fin du monde de Dieu. Il possède lui-même les moyens de la provoquer. Et cette transformation psychologique est immense.
A. La bombe comme image de l’ombre collective
Dans une perspective jungienne, le nucléaire concentre plusieurs caractéristiques de l’Ombre. Il représente la puissance technique extraordinaire de l’homme, mais également son aptitude à retourner cette puissance contre lui-même. La science qui promettait d’émanciper l’humanité produit simultanément l’instrument capable de la détruire. Le progrès et la catastrophe deviennent inséparables.
C’est exactement cette tension que Jung observe pendant la guerre froide.
Plus la conscience moderne se persuade de sa rationalité, de sa maîtrise technique et de sa capacité à dominer la nature, plus elle découvre derrière elle une puissance destructrice qu’elle contrôle difficilement.

La bombe atomique matérialise cette contradiction. Elle devient une image extérieure de l’Ombre collective.
B. Le ciel au-dessus de la bombe
C’est alors que le rapprochement entre OVNI et sites nucléaires prend une seconde signification.
Il existe d’abord un niveau parfaitement matériel :
- des installations sensibles ;
- des phénomènes réels ;
- des militaires qui surveillent ;
- des technologies secrètes ;
- des adversaires qui espionnent.
Mais il existe simultanément un niveau psychique. L’installation nucléaire est l’un des lieux où se concentre symboliquement la peur de la destruction du monde. Si un phénomène ambigu apparaît précisément au-dessus d’un tel lieu, il possède une force projective considérable.

L’objet n’est plus simplement : « une lumière que je ne parviens pas à identifier ». Il apparaît au-dessus de l’endroit où l’humanité conserve les moyens de sa propre destruction. Il devient immédiatement chargé de sens.
C. Sauveurs, surveillants ou ennemis ?
L’imaginaire ufologique développera ainsi plusieurs scénarios contradictoires.
- Dans certains récits, les extraterrestres surveillent nos armes nucléaires parce qu’ils sont inquiets de notre comportement.
- Dans d’autres, ils chercheraient à neutraliser les missiles afin d’empêcher l’humanité de s’autodétruire.
- Dans d’autres encore, ils espionnent nos installations parce qu’ils représentent eux-mêmes une menace.
Ces scénarios sont physiquement très différents. Mais psychologiquement, ils expriment souvent la même question : sommes-nous capables de maîtriser la puissance que nous avons créée ? L’extraterrestre devient alors tantôt le juge, tantôt le gardien, tantôt le sauveur, tantôt l’ennemi. Autrement dit, il fournit une figure extérieure à un conflit qui existe déjà dans la psyché humaine.

On peut aller encore plus loin dans l’interprétation psychologique de ces récits. Autour du nucléaire ne se projettent pas seulement des scénarios différents : on voit se dessiner trois grandes figures archétypiques, trois réponses symboliques à une même angoisse fondamentale.
La première est celle du Sauveur. Dans de nombreux récits ufologiques, les extraterrestres neutralisent des missiles, empêchent un lancement ou interviennent pour éviter que l’humanité ne provoque sa propre destruction. Psychologiquement, cette figure exprime une attente de rédemption. L’humanité a créé une puissance qu’elle ne maîtrise peut-être plus complètement ; elle imagine alors qu’une intelligence supérieure pourrait intervenir pour l’empêcher de franchir la limite ultime. Le Sauveur vient d’en haut, comme autrefois la puissance divine : il protège l’homme contre lui-même.
La deuxième figure est celle du Juge ou du Gardien. Ici, l’extraterrestre ne sauve pas nécessairement ; il observe, surveille, évalue. Il devient une présence qui regarde nos installations nucléaires, comme si une instance supérieure venait contrôler l’usage que nous faisons de cette puissance. Cette figure introduit presque une dimension morale : l’humanité n’est plus seulement menacée par la bombe, elle est aussi symboliquement mise sous surveillance. L’OVNI devient alors l’œil extérieur qui contemple notre capacité à nous détruire et semble poser silencieusement la question de notre responsabilité.
La troisième figure est celle de l’Ennemi. Dans ce scénario, l’OVNI espionne les installations, prépare peut-être une attaque ou représente lui-même une puissance hostile. Psychologiquement, cette figure peut être comprise comme une projection de notre propre agressivité. L’humanité vient de fabriquer les moyens techniques de son anéantissement ; elle projette alors au-dehors une menace qui lui ressemble. L’ennemi extérieur devient le miroir de l’Ombre intérieure : la peur d’être détruit par l’Autre renvoie à la capacité que nous avons nous-mêmes acquise de détruire.
Ces trois figures paraissent contradictoires, mais elles procèdent du même noyau psychique. La bombe atomique constelle l’Ombre collective, et l’imaginaire ufologique organise autour d’elle plusieurs réponses archétypiques : quelqu’un doit nous sauver, quelqu’un doit nous juger, ou quelqu’un nous menace. Dans les trois cas, l’extraterrestre fournit une figure extérieure à un conflit qui existe déjà dans la psyché humaine.
La question cachée derrière ces scénarios reste donc toujours la même : sommes-nous capables de maîtriser la puissance que nous avons créée ?
L’extraterrestre devient alors successivement Sauveur, Gardien ou Ennemi, mais il exprime à chaque fois une même inquiétude : celle d’une humanité confrontée à sa propre puissance destructrice et cherchant, dans le ciel, une figure capable de donner un visage à ce conflit intérieur.
On pourrait presque résumer le mécanisme ainsi :
Bombe atomique → constellation de l’Ombre → angoisse collective → projection → figure archétypique extérieure.
L’OVNI n’est donc plus seulement un objet non identifié. Il devient aussi, selon les récits, le masque symbolique sous lequel l’humanité se représente son propre rapport à la puissance, à la faute, au salut et à la destruction.
D. La compensation jungienne
Nous retrouvons ici le mécanisme étudié dans le premier article. Le monde de la guerre froide est divisé. La bombe menace de transformer cette division en anéantissement.
Et dans le ciel apparaît une figure appartenant à un ordre supérieur : quelque chose qui semble venir d’au-delà des frontières politiques humaines.
L’OVNI n’est ni américain ni soviétique. Il appartient symboliquement à un ailleurs qui dépasse les deux blocs.

C’est pourquoi Jung pouvait voir dans la forme circulaire de la soucoupe une image compensatrice de totalité. Au monde coupé en deux répond le cercle. À la possibilité d’une destruction terrestre répond une image venue du ciel. À l’impuissance politique répond l’idée d’une puissance extérieure capable, peut-être, d’intervenir.
L’OVNI devient ainsi la projection possible d’un espoir aussi puissant que la peur qui l’a fait naître.
E. Réalité physique et réalité symbolique ne s’excluent toujours pas
Nous revenons donc à l’un des principes essentiels de notre série.
Supposons que toutes les boules de feu vertes de 1948 aient finalement une explication naturelle. Le phénomène psychologique resterait intéressant.
Supposons au contraire qu’une partie corresponde à des technologies militaires secrètes. Le phénomène psychologique resterait intéressant.
Supposons enfin qu’une fraction demeure réellement inconnue. Le phénomène psychologique resterait tout aussi intéressant.
Car la projection ne nécessite pas que l’objet soit imaginaire. Comme nous l’avons vu avec l’alchimie, une réalité matérielle peut parfaitement devenir le support d’un contenu psychique qui ne provient pas d’elle. L’alchimiste observait une transformation réelle de la matière et y projetait les images de sa propre transformation intérieure.
De la même manière, l’homme de l’âge atomique peut observer un phénomène réel dans le ciel et y projeter les grandes tensions de son époque.
C’est peut-être finalement ce que les archives permettent de voir avec une netteté nouvelle.
Autour des installations nucléaires se rencontrent :
- la matière — armes, réacteurs, missiles, appareils ;
- le secret — programmes militaires et renseignement ;
- la surveillance — radars, gardes, instruments ;
- l’inconnu — phénomènes momentanément inexpliqués ;
- et la psyché — peur de la guerre, de l’anéantissement et espérance d’un salut.
Tous les ingrédients nécessaires à une projection collective exceptionnelle sont réunis au même endroit.
Cela ne signifie pas que le nucléaire crée les OVNI. Cela signifie que le nucléaire constitue un environnement presque idéal pour transformer un phénomène ambigu en événement symbolique majeur.
F. Des boules de feu au-dessus de Los Alamos
L’image résume presque à elle seule toute l’histoire.
En 1945, Los Alamos produit la bombe qui fait entrer l’humanité dans l’âge de sa possible autodestruction.
Trois ans plus tard, des lumières inconnues commencent à apparaître dans son ciel. Des scientifiques les examinent. Des militaires s’inquiètent. Le FBI conserve les rapports. L’AFSWP, héritier militaire du Manhattan Project, participe aux réunions. Et personne n’est alors en mesure de fournir immédiatement une explication satisfaisante à tous les phénomènes observés.
Soixante-dix ans plus tard, ces mêmes documents sortent des archives. Nous pouvons enfin les lire à la lumière du livre que Jung consacra en 1958 à ce « mythe moderne ». La coïncidence historique est frappante. Mais elle ne constitue encore que la première moitié du problème.
Car si l’angoisse nucléaire explique pourquoi l’époque est psychologiquement disposée à projeter dans le ciel, elle n’explique pas encore pourquoi ce qu’elle projette prend précisément la forme d’un disque, d’une sphère ou d’un mandala. C’est ce que nous examinerons dans le prochain article.
Prochain article : Jung : pourquoi voyons-nous des soucoupes ?
Pourquoi la figure emblématique de l’OVNI des années 1940 et 1950 est-elle circulaire ? Pourquoi Jung rapproche-t-il la soucoupe volante du mandala, du rotundum alchimique et des anciennes images de totalité ? Et pourquoi des phénomènes célestes beaucoup plus anciens (comme ceux représentés à Nuremberg en 1561 ou à Bâle en 1566) semblent-ils changer de signification selon l’imaginaire de l’époque qui les observe ?
Nous verrons que, pour Jung, l’archétype demeure mais son vêtement historique change. À l’âge religieux, le ciel était peuplé de dieux, d’anges et de signes. À l’âge technologique, le vieux symbole céleste devient une machine.